Guide de voyage de l'île Rodrigues : ce que 3 semaines nous ont appris
Guide de voyage de l'île Rodrigues : trois semaines chez la famille de Tom plutôt qu'en resort — que faire, combien ça coûte, comment y aller et la vie au ralenti.
RODRIGUESDESTINATION
7/5/202613 min temps de lecture
Trois semaines à Rodrigues, chez la famille de Tom plutôt qu'en resort : que faire, combien ça coûte, comment y aller, et cette vie insulaire au ralenti qui nous a surpris.
Rodrigues, ça n'arrive pas par hasard. Ce n'est sur la route de personne, ça n'apparaît sur aucune liste des destinations les plus tendance de l'océan Indien, et pour y aller il faut d'abord atterrir à Maurice puis prendre un second vol — un petit avion, à peine plus de cent places, du genre qui te rappelle que tu vas vraiment quelque part de différent.
On y a passé trois semaines. Pas en resort, pas sur un itinéraire de brochure — chez la famille de Tom, qu'il n'avait pas vue depuis des années et qui a toujours ses racines sur l'île. Ça change presque tout ce qui suit dans ce guide.
Ce n'est pas une liste des 10 meilleures choses à faire, écrite depuis un bureau. C'est ce qu'on a vraiment vu, mangé, raté et appris en trois semaines.
Pourquoi Rodrigues donne l'impression d'un autre pays que Maurice
Même pays, expérience complètement différente. Rodrigues est plus petite, bien moins équipée en tourisme, et plus authentique justement pour ça — pas de grandes chaînes hôtelières, pas de plages privées, environ 40 000 habitants qui, pour la plupart, se connaissent. C'est une île qui n'a pas encore décidé de devenir une destination, et ça se sent partout, du marché de Port Mathurin aux plages désertes du sud.
Comment se rendre à l'île Rodrigues
Le seul accès, c'est par Maurice : un vol Air Mauritius d'environ une heure et demie, sur un avion d'à peine plus de cent places. À bord, une petite collation (pour nous : un sandwich au poulet, un KitKat et un café) et deux formulaires de douane à remplir avant l'atterrissage — provenance, hébergement, état de santé. Ce n'est pas de la bureaucratie gratuite ; c'est une des façons dont Rodrigues protège son environnement et la santé de ses habitants.
Quelques minutes avant l'atterrissage, l'eau autour de l'île apparaît d'en haut, et c'est vraiment saisissant — une clarté presque absurde, on voit le fond depuis cette altitude, avec le récif corallien qui trace la limite entre le lagon et l'océan. Aucune photo ne lui rend justice.
Alternative : un ferry depuis Maurice, environ 36 heures — seulement pour ceux qui ont beaucoup de temps et l'estomac bien accroché.
Combien ça coûte : notre trajet partait de La Réunion avec escale à Maurice, pour environ 400 € aller-retour au total. Si tu ne réserves que le tronçon Maurice–Rodrigues, compte autour de 150–200 € aller-retour.
L'arrivée — la famille, pas une réception d'hôtel
À l'aéroport Sir Gaëtan Duval — petit, un terminal, une piste, tu es dehors en cinq minutes — la famille de Tom nous attendait. Il n'était pas revenu depuis des années, et ça se voyait : des embrassades, quelques larmes à peine retenues, une scène qu'on ne voit pas d'habitude à la réception d'un boutique-hôtel quatre étoiles.
Un déjeuner de famille nous attendait sur la terrasse : une table pleine de plats, tout le monde qui parle en même temps en créole et en français, une vraie curiosité pour notre voyage, beaucoup de rires. J'ai vu Tom rire comme je ne l'avais pas vu depuis des mois — cette légèreté qui n'apparaît que quand on est au bon endroit avec les bonnes personnes.
Où on a logé : chez la famille, pas dans une maison d'hôtes ni un resort. Pour les voyageurs sans ce genre de lien local, les options sont plus rares mais elles existent — surtout des maisons d'hôtes familiales, à des prix bien en dessous de ce qu'on paie à Maurice.
Une qu'on recommanderait : Coco Villa, à faible distance de Port Mathurin, dans un coin tranquille au bord de l'eau. Il y a une piscine, et les couchers de soleil sur la mer de ce côté de l'île sont difficiles à battre. En ligne, les tarifs tournent autour de 48–55 $/nuit (environ 45–50 €) — à confirmer directement avant de réserver, car les comparateurs ne sont pas toujours d'accord entre eux.
Port Mathurin — le marché et la carte personnelle de l'île pour Tom
Port Mathurin est la capitale, si on peut l'appeler ainsi : quelques milliers d'habitants, des rues étroites, des maisons colorées, un rythme figé dans la meilleure version des années 1980. On a parcouru les étals du bazar — épices, légumes locaux, tissus, objets du quotidien — rien de fait pour les touristes, un vrai marché fréquenté par ceux qui vivent là.
Le meilleur, ce n'était pas tant ce qu'on voyait, mais la façon dont Tom le voyait. Chaque coin avait une histoire : le bar où il allait gamin, la rue qui menait chez un ami, la boutique qui était déjà là quand il était petit et qui y est toujours. Marcher dans Port Mathurin avec lui n'avait rien d'une visite guidée.
À dénicher en ville : Zil Tropikal, une boutique qui fabrique ses propres t-shirts et petits objets sur l'île, au lieu de les importer et d'y tamponner « Rodrigues » après coup.
Un peu plus loin, vers le centre de l'île, on a retrouvé les vrais producteurs de deux choses qu'on a ramenées : la Bee Coco Cream (une crème à la citronnelle, efficace contre les moustiques et comme soin) et le Miel Victoria, sans doute le meilleur miel de tout le voyage — avec des bonbons au miel qui n'ont pas survécu au vol retour. Acheter directement à ceux qui les font, plutôt qu'en rayon, valait le détour.
La côte sud : Trou d'Argent, Anse Bouteille et une averse à Trou Torrent
L'une de nos meilleures journées — et des plus imprévisibles — s'est passée sur le sentier côtier qui descend vers le sud depuis Saint-François. Après une demi-heure de marche à travers les broussailles et les filaos, le sentier s'ouvre sur Trou d'Argent : une petite baie presque parfaite, fermée par deux parois de roche sombre, du sable clair, et une eau qui passe du vert d'écume au bleu cobalt en quelques mètres. Méfie-toi du courant dès que tu t'éloignes du bord — mieux vaut rester au centre de la baie.
Un peu plus loin, Anse Bouteille a décroché le titre de plus belle plage de la matinée : plus large, parfaite pour le snorkeling à marée basse, avec un récif pas loin du bord.
Déjeuner à Saint-François, Chez Solange et Robert, un restaurant avec une poignée de tables et un menu écrit à la main : poisson grillé, saucisses chinoises et locales, poulet grillé, salade de poulpe et papaye, jus de citron vert local. Tout se partage, tout est bon, servi au rythme d'un endroit où personne n'est pressé.
L'après-midi, on a filé vers Cotton Bay pour Trou Torrent, une petite plage à peine signalée. Tom a sorti le drone pour quelques prises aériennes — et juste au moment où on finissait, le ciel est passé du bleu clair au gris plomb en quelques minutes. Une vraie averse tropicale, du genre qui arrive et repart plus vite que tout ce qu'on connaît en Europe. On s'est abrités sous un rocher un quart d'heure, à regarder la mer virer au gris foncé sous la pluie. Quand ça s'est arrêté, ça s'est arrêté d'un coup — le soleil de nouveau, l'odeur de terre mouillée, Trou Torrent aussi calme que si rien ne s'était passé.
Pour faire cet itinéraire : la matinée à pied (Saint-François → Trou d'Argent → Anse Bouteille), déjeuner Chez Solange et Robert, l'après-midi en voiture jusqu'à Trou Torrent. Prends des chaussures de marche légères, de la crème solaire et un plan B pour la pluie — ici la météo change en quelques minutes, surtout l'après-midi.
Kitesurf à Mourouk et pêche au gros avec l'oncle de Tom
Mourouk, sur la côte sud-est, est l'un des meilleurs spots de kitesurf de l'océan Indien grâce aux alizés réguliers — meilleure saison de mai à novembre, et on a eu du bon vent plusieurs jours d'affilée, pas juste un après-midi de chance. On a détaillé le lagon et les conditions dans notre guide du kitesurf à Mourouk.
Petit aveu honnête : le kitesurf a l'air facile en vidéo. Il ne l'est pas. Contrôler l'aile, tenir sur la planche, lire le vent — tout ça en même temps, sans finir sous l'eau toutes les trente secondes — demande une courbe d'apprentissage qu'on ne brûle pas en un après-midi. On s'est quand même bien amusés, d'autant que tomber dans le lagon de Rodrigues est, objectivement, l'une des façons les moins douloureuses d'échouer. Après la session, des mines frites — des nouilles sautées avec légumes, œuf et la protéine de ton choix — l'un des plats les plus courants et réconfortants des îles de l'océan Indien.
Un autre matin, Tom est parti deux jours de pêche au gros avec son oncle, qui dirige le Rod Fishing Club, l'entreprise familiale qui organise des sorties de pêche au large de Rodrigues — et détient treize records du monde de pêche (marlin, thon, espadon). Les eaux autour de l'île sont parmi les meilleures au monde pour la pêche au gros, et presque personne ne le sait. Tom est parti excité comme un gamin ; je suis restée à terre avec ses cousins, à explorer l'île.
La journée en bateau — Île aux Chats et Île l'Hermitage
Il y a des journées qu'on ne planifie pas vraiment. On part le matin sans attentes particulières, avec un vent déjà assez fort pour déplacer tout ce qui n'est pas attaché, et on rentre le soir avec cette fatigue heureuse difficile à expliquer mais facile à reconnaître. Notre journée en bateau à Rodrigues, c'était exactement ça — on a raconté toute la journée à Île aux Chats à part (lien → version FR).
Première règle apprise sur l'île : c'est le vent qui décide de tout. Ce n'est pas une gêne occasionnelle comme ailleurs — ici c'est une présence constante, partie du paysage. Le matin de la sortie, le ciel était dégagé mais l'air bougeait fort, comme d'habitude : courant potentiellement fort, snorkeling dans la réserve marine dépendant de la météo, aucune garantie. On a pris les masques quand même.
Le bateau était petit — le genre qui te fait vraiment sentir la mer, pas la version catamaran pour touristes. Notre guide du jour, Jeff, nous a offert des moments qu'on n'oubliera pas. Île aux Chats est un minuscule îlot, et le nom ne ment pas : des dizaines de chats éparpillés sur les rochers à l'ombre, qui observent avec la même supériorité tranquille que certains anciens de l'île. Ce n'est pas une attraction aménagée — juste un endroit où les chats se sont installés et où les visiteurs sont des invités bienvenus. Un sentier fait tout le tour de l'île, à travers cotonniers sauvages, sable d'un blanc éclatant et roche couleur charbon.
Déjeuner : un barbecue de poisson frais, mangé avec les mains, assis dehors, le bruit de la mer tout près et l'odeur de fumée mêlée à l'air salé. Tom parlait avec les pêcheurs en créole — je comprenais peu, mais le ton était celui de gens qui partagent quelque chose sans avoir besoin de l'expliquer.
Le snorkeling dans la réserve ce jour-là était limite — courant fort, vent qui n'aidait pas — mais le fond, quand on arrivait à le voir, était extraordinaire : poissons colorés, corail encore intact. Ensuite, le bateau nous a emmenés à Île l'Hermitage : plus petite, nue, rien de construit pour le tourisme. Dix minutes de montée et tu as une vue à 360° sur toute la réserve, avec Mourouk et ses voiles de kitesurf visibles au loin.
À emporter : crème solaire waterproof, un change, un coupe-vent (le vent tourne vite même au soleil), le pied marin pour la houle, et des attentes souples côté snorkeling — les conditions varient, et ça fait partie de l'expérience.
Ce qui nous a surpris
La lenteur est la première chose qu'on ressent, et ça arrive presque tout de suite. Il n'y a pas vraiment de circulation à Rodrigues — personne ne se presse en voiture ou en scooter, tout avance à mi-vitesse par rapport à ce qu'on connaissait. L'île est assez petite pour se déplacer tranquillement en scooter 125, ce qu'on a fait, et on roule à gauche, comme au Royaume-Uni. Après un jour ou deux, cette lenteur cesse d'être une absence de quelque chose et devient tout l'intérêt.
C'est aussi une île qui, par endroits, semble hors du temps. Les fruits et légumes s'achètent au marché, pas au supermarché. Dans les zones les moins touristiques, les enfants nous regardaient avec une curiosité franche, sans filtre — voir quelqu'un de blanc est vraiment rare pour eux, et ils nous étudiaient comme si on était la partie intéressante de leur journée, ce qu'on était sans doute. Certains adultes de l'île n'ont jamais appris à lire ni à compter ; les enfants scolarisés, eux, en ressortent parfaitement bilingues, formés en français et en anglais et parlant correctement les deux. Cet écart en dit long sur le peu de temps depuis lequel l'île a un accès réel à une scolarité régulière.
La santé est un autre point où la lenteur cesse d'être charmante et devient une vraie limite pratique : il y a un seul hôpital sur toute l'île, et il n'est pas équipé pour la plupart des interventions lourdes. Si quelque chose de plus sérieux qu'un souci de routine survient, on part à Maurice. C'est le genre de détail qui n'apparaît pas dans un montage de highlights, mais qui fait partie de ce qu'est Rodrigues — et bon à savoir si tu comptes y passer du vrai temps, pas juste faire un saut.
Ce que trois semaines ont vraiment coûté
Voici la partie honnête : loger chez la famille de Tom a fait qu'on n'a presque rien dépensé. Hors le vol, nos frais pour trois semaines se sont résumés à quelques souvenirs — pas d'hébergement, pas de loyer, la plupart des repas offerts par des gens qui n'auraient jamais accepté qu'on paie. Ce n'est pas un chiffre sur lequel se caler, donc mieux vaut séparer notre dépense réelle de ce que ça coûterait réellement à quelqu'un sans ce genre de lien local.
Si tu loges dans une maison d'hôtes comme Coco Villa et que tu couvres tes repas, une estimation raisonnable : hébergement autour de 25–50 €/nuit, nourriture 15–25 €/jour, plus le vol ci-dessus — soit environ 400–600 € par personne pour une semaine, à ajuster ensuite. C'est une estimation basée sur les coûts typiques d'hébergement et de repas à Rodrigues, pas un chiffre qu'on a payé nous-mêmes, alors prends-le comme point de départ, pas comme une garantie.
Que faire à Rodrigues, en un coup d'œil
Tout ce qui précède, réuni, si tu es juste là pour la liste :
Randonner jusqu'à Trou d'Argent et Anse Bouteille — la marche de la côte sud depuis Saint-François, deux des plus belles plages de l'île.
Faire du kitesurf à Mourouk — alizés réguliers, l'un des meilleurs spots de kitesurf de l'océan Indien (lien → version FR).
Passer une journée en bateau à Île aux Chats et Île l'Hermitage — snorkeling, barbecue de poisson frais, un îlot plein de chats.
Visiter la réserve de tortues de Rodrigues (lien → version FR) — plus de 12 000 tortues géantes terrestres, certaines assez curieuses pour venir droit vers toi.
Flâner au bazar de Port Mathurin — et si tu peux, acheter miel et crème à la citronnelle directement chez les producteurs, vers le centre de l'île.
Rodrigues vs Maurice — la comparaison express
Maurice : tourisme développé, resorts, plages équipées, plus d'options mais aussi plus de monde et des prix plus élevés. Rodrigues : pas de resorts internationaux, un rythme lent, une communauté où tout le monde se connaît, un budget plus bas, une expérience plus authentique mais moins de confort et moins de solutions de secours en cas de pépin (peu de vols, peu de maisons d'hôtes, wifi lent). Si tu veux confort et variété, choisis Maurice. Si tu veux la lenteur, l'authenticité et une île pas encore ouverte au tourisme de masse, choisis Rodrigues — on referait le même choix.
Informations pratiques
Comment y aller : Uniquement via Maurice — vol Air Mauritius, environ 1h30. Réserve bien à l'avance, ça se remplit.
Douane : Deux formulaires à remplir en vol (provenance, hébergement, santé). Obligatoire.
Monnaie : Roupie mauricienne (MUR). Prends du liquide à Maurice — peu de distributeurs.
Langue : Français et créole. L'anglais est peu parlé hors tourisme.
Se déplacer : Loue un scooter ou une voiture dès le premier jour. Les bus existent mais sont lents et limités.
WiFi : Lent et pas toujours fiable. Télécharge des cartes hors ligne avant d'arriver.
Kitesurf : Mourouk, côte sud-est — vent régulier toute l'année grâce aux alizés.
Meilleure saison : Avril–novembre (saison sèche). Décembre–mars, c'est la saison cyclonique.
Séjour minimum : 5 à 7 jours pour vraiment prendre le rythme de l'île.
Questions fréquentes
Est-ce que Rodrigues vaut le détour ? Oui, si tu cherches une île lente, peu touristique, avec des plages désertes et une culture créole encore bien vivante. Moins adaptée à ceux qui veulent le confort d'un resort ou de la vie nocturne.
Combien de jours faut-il ? Au moins 5 à 7 pour ne pas se sentir pressé. On y est restés trois semaines et ce n'était pas trop.
Rodrigues ou Maurice ? Ça dépend de ce que tu cherches — vois la comparaison ci-dessus. Beaucoup combinent les deux sur un même voyage, puisqu'on ne peut de toute façon atteindre Rodrigues que via Maurice.
Comment se rend-on à Rodrigues ? Uniquement en avion ou en ferry depuis Maurice — aucun vol direct depuis l'Europe. Voir « Comment se rendre à l'île Rodrigues » ci-dessus.
Cet article fait partie de notre couverture de l'océan Indien — tu trouveras aussi ce qu'on a mis dans nos sacs pour 3 mois entre La Réunion et Rodrigues, le kitesurf à Mourouk, notre journée en bateau à Île aux Chats, une matinée avec les tortues géantes de l'île, les produits locaux qu'on a ramenés et nos quatre premiers jours sur l'île.
Le guide complet de Rodrigues sur Rexby et le Guide de l'océan Indien arrivent bientôt.
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